
Conférence sur l'histoire de la station balnéaire de Saint-Aygulf - 2ème partie (1920 - 1945)
texte de la conférence donnée par Robert Alexandre le 5 février 2026
Histoire de la Station Balnéaire de Saint-Aygulf 2ème partie (1920-1945)
Dix ans après la fin de l’aventure Félix Martin, la station balnéaire est en faillite, les terrains ne se vendent plus et ceux qui en avaient acheté pour spéculer les revendent pour une bouchée de pain. Le nouveau maire de Fréjus, Marius Coullet, qui comprend l’intérêt du tourisme, lance la construction de Fréjus Plage et investit dans des infrastructures sanitaires à Saint Aygulf. C’est à cette époque qu’une autre société financière rachète la station et lance de nouveaux projets comme l’électrification, le téléphone, la création du théâtre de verdure et d’une nouvelle école.
Saint-Aygulf commence cette nouvelle période d’après-guerre avec de bonnes perspectives, mais malheureusement l’arrivée de Marthe Hanau, la banquière des Années folles, va tout changer….
HISTOIRE DE LA STATION BALNÉAIRE DE SAINT-AYGULF
Volume n° 2 (1920-1945)
Chapitre 1 – Rappel sur le Volume n° 1 (1882-1920)
Chapitre 2 – L’après-guerre 14-18
Chapitre 3 – La Société Anonyme d’Exploitation Foncière
Chapitre 4 – L’affaire de la Gazette du Franc
Chapitre 5 – Le procès et les scandales
Chapitre 6 – Le renouveau (Rives d’Or)
1. Rappel sur le volume n°1 (1892-1920)
En 1895, la chute de Félix Martin à travers le scandale de la compagnie Sud France met en avant les montages financiers qu’il avait faits avec la Société Anonyme des Terrains de la Méditerranée, comme l’achat de terrains près des gares de chemin de fer, la construction du chemin vicinal n° 11 qui permettait de relier Saint-Aygulf à Saint Raphaël. Et même s’il est acquitté pour n’avoir rien fait de légalement répréhensible, la confiance des investisseurs disparaît et la vente de terrains, déjà timide, s’effondre.
C’est en 1911, avec l’arrivée d’une nouvelle équipe municipale et de son maire, Marius Coullet, qui ne vient ni de l’agriculture, ni des notables, que les choses vont changer. Elle comprend l’intérêt du tourisme, crée Fréjus Plage et investit dans Saint-Aygulf en tant que quartier et fait classer les deux quartiers en station balnéaire (PLM).
2. L’après-guerre 14-18
Le conflit qui a ravagé la France pendant 4 ans n’a pas touché la
Côte d’Azur au niveau des infrastructures, mais beaucoup au niveau humain. Les 1,5 million de morts et surtout les 3 millions de blessés ont un poids important sur l’économie française. S’occuper des veuves et des orphelins de guerre nécessite de gros moyens, la France est en crise et la confiance en les institutions bancaires n’est plus là.
Pour Fréjus, la situation est difficile, les budgets sont plombés par ces dépenses et les investissements ne suivent pas. Pourtant, Saint-Aygulf voit sa population plus que doubler depuis 1882, l’installation de commerces, d’hôtels et de services publics fait s’installer dans le quartier des gens qui avant venaient de Fréjus.
La création du Syndicat d’Initiative par Carolus Duran en 1908 établit une synergie entre Fréjus et Saint-Aygulf, de nombreux projets sont lancés :
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L’eau arrive dans la station en 1903, mais le réseau est vraiment développé en 1919. Les années qui suivent permettent l’installation de bornes fontaines modernes et d’une nouvelle canalisation en 1933. Le procédé de filtrage de l’eau par l’ozone est activé à ce moment et permet de prendre de l’eau dans le Reyran.
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L’électricité arrive vers 1921 et améliore la vie du quartier, l’installation de lampadaires à Saint-Aygulf change la vie des habitants. En 1933, avec l’augmentation de la population, la mairie fait installer une ligne de 10.000 volts.
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Les égouts : le problème est qu’à cette époque, Saint-Aygulf est encore une station privée et la mairie ne peut pas financer des projets sur ce territoire. En 1909, elle fait quand même installer un égout sur l’ancien centre-ville (place Carolus Durant) et l’avenue Alfred de Musset, mais il faudra attendre les années cinquante et la rétrocession des routes pour faire un système complet d’égouts pour le quartier.
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Télégraphe et téléphone : le télégraphe est installé à Saint-Aygulf dans l’école du village en 1905 par l’institutrice Mme Bozzi. En 1924, après l’installation de la poste locale, le service y est intégré. Quant au téléphone, il arrive en 1924 et l’installation d’un commutateur dans la nouvelle poste permet de le développer complètement, mais avec une ouverture limitée aux heures d’ouverture de la poste. La poste auxiliaire ouverte en 1904 se transforme en poste le 1er juillet 1924 (oblitération des timbres), installation du téléphone dans la foulée.
3. La Société Anonyme d’Exploitation Foncière
Dès son arrivée, monsieur Geissman, l’administrateur, est actif. Avec l’aide de l’ESSI de Saint-Aygulf, il s’engage dans la modernisation de la station balnéaire avec succès (eau, électricité, égouts et téléphone). Puis il investit dans le culturel avec le projet du Théâtre de Verdure qui est aussi un succès. Il continue avec le développement touristique (Bains, Promenade, Plage des Romains et les Terrasses). Il se lance aussi dans la modernisation de l’hygiène dans la station comme des toilettes publiques, un ramassage des ordures et le balayage (important pour son classement en station climatique) et la police.
Le 15 mai 1926, qualification en station climatique de Saint-Aygulf et de Fréjus Plage, le reste de Fréjus est exclu pour des raisons de manque d’hygiène.
L’arrivée de Marthe Hanau et de son argent facile fait monter le capital à 25 millions de francs, puis à 27 millions. Elle prend le contrôle de la machine et spécule sur les terrains qui, évalués à 1 franc le m², passent à 100 francs le m², ce qui fait exploser les actions de la Gazette du Franc.
Après le scandale, elle est mise en faillite et fermera définitivement dans les années cinquante après la vente des terrains à des investisseurs.
4. L'affaire de la Gazette du Franc
La Gazette est un journal qui paraît pour la première fois le 21 mars 1925 ; son but est d’aider les petits épargnants à investir directement (déçus par les banques après la guerre). Un an plus tard, elle transforme la Gazette en société au capital d’un million de francs spécialisée dans l’achat et la vente de titres. Puis elle investit dans une société immobilière (La Société Anonyme d’Exploitation Foncière) et joue sur le prix des terrains pour rémunérer les actionnaires.
Le système de Ponzi (les nouveaux payent pour les anciens) est mis en marche, mais au bout de deux ans, le journal l’Ami du Peuple met en danger ses lecteurs sur des placements à 40 %, puis la semaine suivante dénonce publiquement Marthe Hanau.
Le système s’écroule, Marthe Hanau est mise en examen et ainsi commence le procès qui va durer 6 ans et faire vaciller la République et surtout discréditer La Société Anonyme d’Exploitation Foncière et Saint-Aygulf pour la deuxième fois.
5. Le procès et les scandales
Suite à l’article de l’Ami du Peuple du 30 novembre 1928, Marthe Hanau et Lazare Bloch sont arrêtés et accusés d’escroquerie et d’abus de confiance. C’est le crash pour la Gazette du Franc, les actionnaires perdent tout. Dans les jours qui suivent, de nombreuses filiales sont perquisitionnées (dont la SAEF). Un article du Figaro du 6 janvier annonce qu’une crise interministérielle se profile car de nombreux politiciens sont compromis dans le scandale.
Le 8 juin 1929, Marthe Hanau, en prison, écrit un livre pour donner sa version des faits, la justice suit son cours et devient tentaculaire.
Le 4 mars 1930, l’instruction est terminée, Marthe Hanau est inculpée et renvoyée en correctionnelle. Elle demande une remise en liberté qui lui est refusée, c’est à ce moment qu’elle commence une grève de la faim. Elle est hospitalisée à l’hôpital Cochin et nourrie de force. Profitant de la faible sécurité, elle s’évade quelques jours plus tard.
Chose incroyable, elle prend un taxi et se rend directement à la prison Saint-Lazare et dit à ses anciens geôliers estomaqués : « Je me suis évadée de l’hôpital Cochin. Je viens ici parce que je ne veux pas qu’on puisse croire que je me dérobe à la justice ». Avant d’arriver à la prison, elle avait envoyé une lettre au juge pour se dire « révoltée par les traitements subis à l’hôpital ».
Elle est libérée sous caution de 800.000 francs. Quant au procès, il est reporté pour qu’elle puisse reprendre des forces. Elle en profite pour monter un nouveau journal nommé Force et demande un concordat pour rembourser ses actionnaires.
Le 30 octobre 1930, le procès très médiatisé s’ouvre, elle clame son innocence et dénonce les politiques qui ont collaboré avec elle.
Lors de la 15ème audience, ce sont les terrains de Saint-Aygulf qui sont au cœur des débats, l’expert les estime à 4 millions de francs alors qu’elle dit qu’ils valent 60 millions.
Le 28 mars 1931, après 4 mois de procès, elle est condamnée pour escroquerie à 2 ans de prison et 3.000 francs d’amende, mais fait appel du jugement.
La Fin
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Le 8 avril 1932, arrêtée pour vol de documents (par un tiers) et tentative de manipulation de la Bourse, elle publie dans Force les documents pour faire baisser les cours de la bourse et retourne en prison.
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Le 10 avril 1932, elle est inculpée pour manipulation de la Bourse suite à la publication d’une feuille nommée « Le Secret des Dieux » où elle pariait sur sa chute.
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Le 25 octobre 1932, elle est libérée grâce à des médecins à cause de son état de santé.
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Le 13 juillet 1934, le nouveau procès commence, elle est condamnée à trois ans de prison et 5.000 francs d’amende.
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Le 22 février 1935, son pourvoi est rejeté et elle est de nouveau arrêtée. Elle tente de se suicider avec un revolver.
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Elle décède le 19 juillet 1935 dans l’indifférence générale.
6. Le renouveau (Rives d’Or)
Créé au milieu des années trente par monsieur Breton de la société Foncière Horticole de la Corniche d’Or, il achète les terrains à la famille Siegfried qui se trouvent au sud des terrains achetés par la Société Anonyme d’Exploitation Foncière (la limite est le boulevard Berlioz).
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À cause de la chute de Marthe Hanau, les terrains de Saint-Aygulf ne valent plus rien, on peut les acheter au prix de 20 francs le m² (prix de vente au début de la création en 1882 à 1 franc le m², 55 ans auparavant).
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De nouveaux acheteurs de la classe moyenne (artisans, commerçants, fonctionnaires) et des ingénieurs qui apparaissent dans les années 30 (congés payés) et découvrent la villégiature.
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Un terrain de 1000 m² était vendu 20 000 francs (environ 30 000 à 40 000 euros actuels).



le restaurant de Marthe Hanau
